Pierre Petry

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Pierre Petry ? C’est un Monde


Pierre Petry est de retour. Malgré l’absence, malgré le temps passé, ce bestiaire c’est bien lui : des hommes, des femmes, des oiseaux. Des oiseaux-hommes, des oiseaux-femmes. Et des oiseaux-zoziaux qui ont un air d’innocence auquel il ne faut pas se fier.
Ce sont des urubus du Brésil, avec leur air de rien ce sont des charognards.


« Enfant, j’étais très introverti, j’observais longuement les bêtes, toutes sortes de bêtes, les fourmis. Je n’ai pas des rapports faciles avec les gens », dit-il sur le ton de quelqu’un qui s’est habitué à s’en excuser. Pour ne pas blesser. Il y prend garde car les blessures, il connaît.


« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours pris les animaux comme sujet »


Il les jugeait moins décevants que les êtres humains. Moins dangereux. Sans le savoir, sans le vouloir, cet homme étreint d’un fort sentiment de solitude, cet homme qu’on devine écorché, s’est trouvé engagé sur la voie de l’artiste animalier.


Ou fabuliste ?


L’expression qu’il donne à ses animaux cette façon qu’ils ont de se tenir voûté de vous fixer dans le blanc des yeux ou de tourner la tête, fait immanquablement penser à Ésope ou à Jean de La Fontaine qui prêtaient aux animaux des histoires morales. Pour se faire entendre. Et honni soit qui mal y pense.


Naguère, Pierre Petry a masqué des animaux. « Donnez lui un masque, l’homme vous dira la vérité » disait Oscar Wilde.


Pierre Petry renvoie l’homme à son animalité, à la modestie qui n’est pas la sienne mais qui devrait… Peut-être, si Petry est un fabuliste est-ce au sens où l’on dit d’une personne qu’elle est la fable de ses voisins, la risée d’une société, l’homme la risée des animaux.


Ils peuvent être de plus en plus humains, ce sont des obscurs démêlés de l’homme avec sa propre vie que les animaux de Pierre Petry témoignent. Il y a quelque chose d’égyptien dans cette vision-là : elle réintègre dans un univers dont nous ne sommes pas le centre, à peine un des accidents. Anubis l’homme-dieu-chacal à la mâchoire d’acier, était un réconciliateur. L’urubu de Petry possède ce même esprit.

Voici l’élan des danseurs, voici des tentatives de sortie de la gangue qui nous cloue au sol, nous interdit l’envol, la libération, la mise sur orbite. Le bonheur. Un bonheur ?

Depuis sa dernière exposition personnelle – c’était il y a quelques cinq ans – Pierre Petry a beaucoup travaillé, tournant autour de ses motifs, approfondissant sa quête, creusant son thème, progressant jusqu’à l’endroit où le sentiment artistique est né en lui. L’endroit du plouf qui a donné naissance à ces ondes concentriques que sont toutes et chacune de ses sculptures. Et qu’il expose ici. Non sans courage.



Michel Hubin, Août 2000