Florence Paulus

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Être au monde



Florence Paulus (1977, Dinant ) est peintre : elle a effectué sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Liège. Depuis quelques années, elle explore des questionnements personnels qui résonnent en tout un chacun. Elle investit plus précisément la vaste thématique de la maternité et de la féminité : elle expose, en toute simplicité, son rapport au monde. Dans ce dessein, elle recourt à diverses techniques ainsi qu’à différentes matières, vecteurs d’histoires et de sensations. Dans son œuvre, une subtile symbiose s’opère : la matière fait sens, la forme, sensuelle, lui répond.



Le point de départ de ses réalisations se situe souvent dans la dissection d’émotions vécues, rarement verbalisées. Les questionnements engendrent le choix de nouvelles matières, d’autres méthodes… L’artiste s’immerge toutefois dans la création sans idée préconçue : simplement la volonté d’explorer le ressenti, la nécessité d’éprouver le plaisir de la matière, de s’adonner à la recherche de la forme vitale…



Elle se met à l’écoute de ses matériaux pour initier un dialogue patient, une intimité fusionnelle entre forme et matière. Elle procède le plus souvent par séries. Les formes sobres et dépouillées qui animent ses créations évoluent, muent et se déploient au fil des travaux pour atteindre une existence propre. Il semble en effet que l’artiste les laisse filer, leur autorise leurs propres vies.



Ainsi, dans sa série d’œuvres graphiques sur toile, les formes, épurées, semblent se balancer en toute liberté au gré de l’accrochage. On comprend l’affection de Florence Paulus, qui pratique également la peinture à l’huile, pour la toile : laissée quasiment vierge ou recouverte de couches successives de couleur, l’artiste la caresse telle une peau complice. Elle a également travaillé au départ d’anciens draps de lits. Ces reliques confidentes, corps éprouvés et protecteurs, lui permettent de naviguer le long de ses souvenirs ou de s’évader dans ses explorations plastiques. Les tissus sont ressentis, sélectionnés, puis découpés et brodés de simples motifs organiques, parfois de sobres vagues ondoyantes, toujours de formes primordiales et vitales.



Fréquemment, l’artiste interroge le corps et son rapport au monde. Elle a ainsi composé de petites enveloppes délicates, cellules protectrices en résine, sur lesquelles sont délicatement cousus les termes « maman », « florence », « moi »… Elle a également confectionné un « patron » de blouse énigmatique : cette surface, composée de l’agglomération de nombreuses textures et tissus différents, évoque la simplicité colorée de l’enfance tout autant que l’univers, dense et complexe, de l’adulte. Un rapport ambigu que l’on retrouve au cœur d’une œuvre en toile de jute. Brodée de l’inscription « touchez-moi », la matière de ce « vêtement » invite cependant plutôt à la répulsion qu’à un contact charnel. Lorsque les mots interviennent dans le travail de Florence Paulus, notamment dans certains dessins, les formules utilisées, à l’image de son vocabulaire formel, sont concises. L’ensemble de la démarche de cette artiste semble guidé par sa volonté d’atteindre à l’essentiel, de sonder les flux vitaux inhérents à l’être.


Bénédicte Merland

A l’occasion de l’exposition au caclb, avril 2005.