Pol Pierart

Adresse : Voie de Liège, 144 - 4053 Embourg



Dernière mise à jour : le 05/09/2008




Pol Pierart, né en 1955, vit et travaille à Embourg, près de Liège.
Dans ses peintures, ses photographies et ses petits films super 8, Pol Pierart – cet adulte qui n’oublie rien de l’enfance – joue, il joue avec les mots, avec le poids de certains et la légèreté des autres, avec leur essence cachée. Et il développe un travail cohérent autour de thèmes aussi universels que (le sens de) la vie et la mort. Pol Pierart précise, non sans malice, qu’il n’a, au travers de ses créations, d’autre revendication que celle de chacun : changer le monde ! « La prétention ridicule de ce dessein ne vous échappera pas, mais ce qui importe réellement, c’est d’aller constamment dans ce sens. »

« En aucune manière, l’art ne doit être spectaculaire. Le spectaculaire dans l’art, c’est le contraire de l’art, une volonté de domination, alors que l’art doit être un don, une relation. »

« On peut très bien vivre sans art, mais pas sans idée. »
source : Centre Culturel de Marchin





Dans ses peintures, ses photographies et ses petits films, Pol Pierart utilise l’écriture, ce qui en fait le point commun. Le langage peut être le moyen d’expression le plus direct, le plus objectif. A l’inverse, Pol Pierart fait apparaître par les jeux de lettres ou de mots, tout un contenu plus ou moins conscient, poétique, inhérent à ceux-ci. Il fait partager ses réflexions, ses impressions sur la vie, laissant au spectateur le libre choix d’interprétation ou d’associations d’idées. Ses moyens plastiques ne sont pas démonstratifs car son but n’est pas la recherche esthétique, mais la mise en évidence de l’idée (« on peut très bien vivre sans art mais pas sans idée »). Ses peintures rappellent les calicots de manifs. La couleur dialogue avec les tracés simplement manuels. Ses photographies de vues et d’objets du quotidien, en noir et blanc, suscitent le souvenir dans leurs petits cadres noirs, et ses films, bien que muets, parlent également de la vie, de la mort et autres « émerdveillements ». Ils sont plus proches, dans son esprit, des films de famille que de la performance artistique.

Pol Pierart par Jocelyne Collin



Pol Pierart a récemment publié aux éditions Yellow Now un recueil d’images dont le titre résume, à lui seul, la démarche de cet artiste : « Cela fait du bien d’ôter ses choses sûres ». Car Pol Pierart, qui utilise la photographie, la réduit à sa plus simple expression technique, pour mieux mettre en valeur les aphorismes et sentences frappées de dérision. Petites affichettes, panneaux, légendes qui viennent se placer en gros plan d’une image, toujours en noir et blanc, et qui détournent le sens premier d’une phrase ou d’une expression. Ainsi un crâne composé d’un demi globe terrestre s’intitule-t-il : « Terre aux risées ». Pour une silhouette féminine moulée dans une jolie robe d’été, ce commentaire : « Une jolie robe est une robe qu’on a envie d’arracher. » Utilisant comme alter ego un nounours en peluche, Pol Pierart le fait apparaître dans des situations absurdes, où l’humour et le double sens deviennent des alliés substantiels. Volontairement pauvre et minimalistes, format carte postale, et donc à rebours des étalages luxueux de photographie grand format en tirages coûteux, les images de Pol Pierart jouent la provocation intelligente et le clin d’œil poétique, parfois macabre. Entre surréalisme et jeux de mots, voilà un travail artistique qui incite aussi à la réflexion sur le monde aujourd’hui.
(Coupure presse 27-03-2000)




Entretien Pol Pierart & Lino Polegato.

Lino Polegato : Comment peut-on définir ton travail ?
Pol Pierart : La peinture, pour moi, est un acte civilisé mais pauvre. Quant à la photographie, c’est quelque chose de très spontané et je m’embarrasse peu de technique. Il ne s’agit donc pas du même type d’approche, mais avec la peinture comme avec la photo, l’important est de créer avant tout un rapport.

Sur les mots ?
Le langage touche à l’humanité profonde. Un exemple extrême : si je peins un cadavre ou même si je le photographie, ce ne sera jamais aussi brutal que si j’écris le mot MORT. L’image crée une distance telle que ce que l’on voit, c’est toujours l’autre. Mais si le mot remplace l’image, il y a appropriation du langage par le regardeur qui peut aller jusqu’à considérer ça comme une agression. Pour moi le mot est plus prégnant que l’image. Ca ne nie pas pour autant la peinture ; la couleur, la composition, c’est quand même un objet avec lequel on vit.

Quand tu parles du cadavre, tu axes l’importance sur l’idée de la mort plus que sur son image …
Oui, car on utilise tous un langage. Le mot c’est entrer en relation, on s’adresse à lui directement. L’image, c’est une « monstration », du donné-à-voir.

Tu parviens à travers un jeu d’écriture à redonner naissance au mot ?
Cela me fait penser à une phrase de Verheggen qui dit : la langue, c’est avant tout de la viande. Tout ce qui est humain se transcrit par les mots, et le mot c’est la relation avec celui qui regarde.

Si le langage divise, l’image réunit, chacun en face du mot véhicule sa culture, son approche différente ?
Dans mon travail, le mot est toujours inachevé, il est toujours à compléter par celui qui regarde. Ce n’est jamais un message, une phrase toute faite. Je donne quelque chose, on peut le saisir au passage, mais celui qui le saisit doit faire réellement l’œuvre, se l’approprier et vivre avec …

Avec la photo, c’est différent ?
Dans la photographie on a quelque chose de plus simple comme lecture. Ce sont des anecdotes qui relèvent de mon quotidien et qui se voudraient universelles dans la mesure où ces choses peuvent arriver et concerner tout le monde.

Sur le choix des photos, qu’est ce qui te motive ?
C’est une option tout à fait spontanée, c’est : une idée – une photo. Après l’avoir faite, parfois je l’élimine parce que c’est trop rapide. Alors que dans la peinture, le processus est beaucoup plus lent. L’idée doit être travaillée, retravaillée pour rendre compte de ce qu’il me semble être la formule la plus juste.

Au départ, comment cela se passe-t-il ?
C’est le mot qui s’impose à moi, ce sont souvent des mots assez forts que l’on utilise sans s’en rendre compte ou alors pour un usage très précis, pas des mots anodins, sauf s’ils révèlent certaines choses…

Comment les trouves-tu ?
Au détour d’une conversation, d’un dérapage de langage, d’un lapsus. Il n’y a aucune recherche rationnelle d’une idée, jamais.

Un accident de parcours ?
Tout à fait, comme dans la vie, ce sont tous ces petits accidents qui nous font évoluer et pas les grandes décisions, conscientes, logiques qui souvent aboutissent à l’échec. Tandis que les petits accidents nous révèlent à nous-même et nous font progresser.

Après dix ans de productions, peux tu donner un sens à ce parcours ?
Le sens, c’est la relation, le rapport avec l’autre, l’art ne sert qu’à ça. Cette tendance est que l’art en lui-même n’est pas très important, il est surtout un moyen.

Un moyen de communication …
Oui, tout dans la vie est relation et échange. Dès l’instant où l’on cesse d’avoir des échanges, on meurt.

La partie sociologique, la guerre, etc. n’est pas abordée sur le plan sociologique, c’est un élément parmi d’autres…
Cela fait partie d’un tout. Ça pourrait aller jusqu’à la politique mais pas rien que la politique. Je refuse de choisir une option précise qui me guiderait mais qui ferait en sorte que je sois conduit par elle, je refuse certaines inclinations pour rester libre.

Sur la perception, l’éveil, il y a une notion plus haute que la communication comme stade optimal…
C’est un but recherché, je pense que la communion pourrait se révéler dans la poésie, la poésie est avant tout une façon d’être plutôt qu’une façon de faire. Le but dans mon travail est de rejoindre quelque chose de poétique, quelque chose de vraiment universel. Cela me semble beaucoup plus important que le résultat de l’œuvre elle-même. Ce qui est important n’est pas que ce soit poétique mais que ça génère de la poésie.

Ton travail n’est jamais fini, il est toujours en devenir quelque part…
Tout à fait, il procède d’ailleurs de l’inachevé. Ces lettres tracées dans la couleur monochrome, posées sans sophistication, avec une recherche qui ne s’appuie pas sur le fini, mais qui est le processus lui-même en quelque sorte, c’est quelque chose de naturel. Il n’y a pas cette manière d’aborder l’art qui procède de la virtuosité. Même si c’est une virtuosité de maladresse, c’est toujours du « donné-à-voir », c’est toujours quelque chose pour moi de superficiel.

Sur l’intitulé de l’exposition : « Un ivrogne qui titube est un équilibriste » ?
Cela évoque bien l’esprit de l’exposition ; comme dans beaucoup de mes expositions, les contraires mis en évidence, se répondent… ça relève aussi de la licence poétique. Si on prend la phrase au pied de la lettre - ce qu’il faut faire – ce n’est pas parce qu’il est ivrogne qu’il est équilibriste, c’est parce qu’il titube, mais il titube parce qu’il est ivrogne … (rire). Il y a un renvoi de l’un à l’autre. Je n’ai pas réfléchi consciemment à cette phrase, mais je trouvais qu’elle contenait bien cette notion de contraires. C’est aussi le rapport entre Apollon et Dionysos quelque part, ce rapport complémentaire et ambigu qui nous habite … Sous un certain regard, c’est ce qui fait que l’un vaut l’autre en quelque sorte…

Sur le faire ?
C’est quand même un objet peint, mais la manière dont c’est peint est une chose liée au naturel. Ça ne se veut pas sophistiqué, émaner d’une recherche très pointue, mais non plus participer du graffiti. Le choix de la couleur est aussi une affaire de relation avec la lumière qu’il faisait ce jour-là, une couleur que j’ai vue et qui m’a fait être au monde.