Juliette Rousseff

Adresse : 20,RUE HENRI PIRENNE 4030 LIEGE (GRIVEGNEE)
Tél : 04 266 27 36



Dernière mise à jour : le 02-10-08








Il existe un « vert Rousseff » qui laisse transparaître les bleus et les jaunes qui lui ont lentement donné existence. C’est avec cette teinte bien particulière que je savais avoir rendez-vous, un jour d’automne où la gamme extérieure était plutôt aux gris… et le jardin, à deux pas de la Chartreuse, en perte de feuillages.

Dans l’atelier, de petits formats cloués sur les murs, d’autres couchés à même le sol, forment en définitive une « nébuleuse » - comme Juliette le dit fort à propos - témoignant de moments privilégiés avec un livre, une mélodie, un galet, un végétal, une sensation... Ils sont une respiration, un plein d’énergies positives, indispensables avant l’entame de grandes peintures. Mais aussi une passerelle entre l’observation attentive et le ressenti. Une symbiose. Un repère. Un répit. Le temps d’une contemplation constructive.

Souvent, l’intervention picturale clôture le processus créatif. En effet, provenant d’un objet ou d’un signe rencontré, le motif repéré, le trajet choisi d’une courbe, d’un tracé, peuvent se retrouver patiemment brodés et introduire alors du relief sur l’aplat, ainsi que la douce tentation du toucher. Le geste cadencé de l’aiguille et le mouvement du fil conducteur font travailler à l’unisson le temps et l’espace. Pour atteindre la sensualité, point après point. En toute discrétion.

Regard qui s’attarde sur l’oblong d’une pierre, transféré sur le morceau de toile de lin encollé(1) et recomposé sur toutes ses fossettes, avec veines et sillons dessinés au fusain. Graines-noyaux, ventres de ces monnaies du pape dont on pressent la légère boursouflure sous le fin parchemin diaphane. Mailles souples d’un filet rouge gravide ou terre d’ocres qui retiendraient jusqu’à l’extrême limite l’affleurement d’un mystère, d’une révélation. Fissures-vulves, nucléus primordial, cellules en devenir ; « m » : déclaration d’amour fusionnel. Tel un manifeste fondamental, libérateur.

(…) Et puis, il y a cette après-midi printanière, en passant d’abord sous l’arche des glycines. Dans une autre pièce de la maison silencieuse, un peu assombrie par le couvert d’arbres exubérants, sur un grand format cette fois-ci : une présence. Celle d’un rose, vibrant, qui serait un peu chargé d’histoire sacrée, de vie qui se cherche un bout d’éternité. Et qui est ce que la mémoire a retranscrit d’un éblouissement sur le site de tombeaux égyptiens. Un « rose de sable » sous un soleil jadis adoré ; et le souvenir-mirage de lointaines collines, miroitantes dans la chaleur en suspension.

Voyage initiatique. Matière première, sans doute, pour une seconde exposition…

(1) Cette préparation, qui confère au support une tenue le dispensant d’un encadrement, permet aussi une approche rugueuse qui n’est pas sans évoquer la sensation de la main sur certaines tapisseries. Confluence entre textures et pigments, deux passions de Juliette.

Anne-Françoise LEMAIRE
Société libre d’Emulation asbl
à l'occasion de l'exposition : « Fragments d’infini, murmures d’éternité » (08/06/06 > 07/07/06)


Pourquoi peindre ?

Le geste de peindre, c’est essayer de relier la réalité physique de la matière à sa réalité mythique en passant par mon propre corps. C’est aller à la rencontre de l’intimité de la matière et s’y heurter à son mystère ultime que nul scientifique n’est encore parvenu à saisir. Le cœur de la matière, identique pour l’univers entier, prend donc figure de mythe puisque son mystère nous dépasse. Peindre c’est ce désir de toucher le corps et le cœur de l’autre qui toujours nous échappe. C’est l’érotisme à l’état pur. A l’inverse, on peut aussi réactiver les grands mythes en les faisant surgir, par le geste adéquat, de la matière picturale. C’est dans cette théorie matière-geste-figures du mystère que se situe mon périple.

Et pourquoi broder aussi ?

Parce que je peux ainsi insérer le temps dans l’espace pictural. Le rythme lent du geste, la douceur de la soie m’accompagnent dans le parcours de mes routes intérieures. La quête se fait caresse. Ça aussi c’est de l’érotisme.